Petite parenthèse estivale cinéphilique dans mes chroniques vertes, j'ai eu envie de vous partager mes impressions sur ces deux films sortis le même jour et à l'affiche cette semaine.

Crimes d'amour est le xième film d'Alain Corneau. Ce monsieur au nom entre Le corniaud et Le corbeau a réalisé notamment Le choix des armes, Nocturne Indien, Tous les matins du monde, Le prince du pacifique, Le cousin, Stupeurs et tremblements, c'est-à-dire du bon et du moins bon. Isabelle Czajka signe avec D'amour et d'eau fraîche son 2e film après L'année suivante déjà avec Anaïs Demoustier et déjà fort remarqué mais que je n'ai pas vu. Espérons que faire des films qui critiquent avec talent notre sombre société ne sera jamais considéré comme un délit et que la dame gardera sa nationalité française... Pardonnez cette petite allusion, cynique s'il en faut, à la situation politique actuelle, mais il est difficile de ne rien en dire.

Mais revenons à nos matons : si les portraits au vitriol de la société du travail sont bien le point commun entre les deux films, la case prison y est aussi présente dans les deux, directement ou par allusion. Cependant, là où Isabelle Czajka parvient à toucher juste, constamment entre humour et drame, Alain Corneau verse dans la caricature. Cela n'engage que moi, mais l'engagement léger de la première est plus marquant que le surlignage appuyé du deuxième.

La jeune femme en quête de travail et de vie d'adulte, incarnée avec une sobriété joyeuse par Anaïs Demoustier, est attachante d'authenticité. A la fois dynamique et dépassée par la tournure des choses, elle crée l'empathie et suivre son parcours montré avec finesse fait passer le message et le temps très vite. Les personnages de femmes d'affaires incarnées par Kristin Scott Thomas et Ludivne Sagnier (au service de la première) ne touchent pas. Elles sont grossièrement dépeintes, l'une comme l'autre, et bien souvent la satire tourne au grotesque.

J'avais aimé Tous les matins du monde et apprécié Le cousin, j'ai été foncièrement déçue par Stupeur et tremblements, Les mots bleus. Crime d'amour ne remplit pas sa promesse, vendu qu'il a été comme film hitchcockien ! Le film noir se déguste bien serré et là, le scénario manque cruellement de rythme. Et la justesse des dialogues d'Isabelle Czajka, drôles et graves à la fois fait mouche là où l'exagération de ceux de Corneau fait moche (comme la scène où Kristin Scott Thomas demande à Ludivine Sagnier de lui dire qu'elle l'aime).

Evidemment, l'appréciation d'un film est suggestive et personnelle. Evidemment je ne remets pas en cause le travail fourni et le potentiel des acteurs. Il se trouve que depuis quelques films, Alain Corneau ne me convainc pas. Mais un film se critique toujours mieux soi-même, alors si vous pouvez allez voir les deux.
Mais si vous ne devez en choisir qu'un, eh bien... Vivez d'amour et d'eau fraîche !